Le Clip du vendredi a « Le sens des affaires »

Mustang est un trio de fortes têtes à une étincelle d’embraser les foules. Un nom chromé qui miroite une part d’Amérique et des fifties sauvages, brillantinées du souvenir d’Elvis et de Johnny Cash aux studios Sun, mais ceci n’est qu’une façade de bakélite, un trompe l’oeil dont il convient d’emblée de dissiper l’importance. Jean Felzine (chant – guitare), Johan Gentile (basse) et Remi Faure (batterie) n’ont rien en commun avec les brocanteurs cambrés sur un âge d’or rock’n’roll au point de s’en coincer les vertèbres. Eux sont jeunes, droits dans leurs boots, et ils filent à tombeau ouvert, toujours vers l’avant, en utilisant le rétro(viseur) seulement pour nourrir un style qui s’étoffe en chemin à la même allure. Et de l’allure, ils n’en manquent pas, ce qui le gâte rien ! Avec leurs deux premiers albums, A71 (2009) et Tabou (2011), ils ont contribué à fouetter les hanches d’un rock français qui avait rarement eu affaire à de tels esthètes, tandis qu’un surprenant EP de reprises (Brassens, Coutin, Bashung…) prouvait l’élasticité de leur intentions. Mais nous n’avions encore rien vu.

mustang photo
Les précédents étaient des albums d’impulsions, fièrement immatures et bâtis dans l’urgence du studio comme on prolonge celle de la scène. Pour une fois, avec Ecran total, ces jeunes faons pressés ont décidé de se poser un peu plus longtemps, de travailler en artisans leurs compositions, d’en soigner chaque note, chaque arrangement, et d’y accorder des mots qui tombent avec justesse et élégance, maniant humour perfide et tendresse pudique. Comme ils ne sont pas des musiciens à « concept », encore moins « à univers », ils ont voulu ce troisième album comme une suite harmonieuse de chansons qui, individuellement, pourraient tourner en 45RPM dans un juke-box fantasmatique avec pour voisins de cabine Elvis, le Velvet, Dutronc, Christophe, Alan Vega, Kraftwerk ou les Meters. Leur seule véritable allégeance au passé se situe précisément dans leur amour non négociable pour les chansons, pour leur simplicité biblique, leurs lignes profilées et leur pouvoir d’encapsuler un décor et un récit en 3mn chrono. Habilement, ils jouent aussi à plein tube avec ce romantisme collégien un peu désuet qui a nourri tant de films et des heures de bandes magnétiques, et dès l’ouverture des Oiseaux blessés on marche sans sourciller dans leur combine. Avec autant d’acidité dans les guitares et dans le verbe que les Smiths, Sans des filles comme toi participe du même esprit juvénile propre aux cadors de celluloïd. Le boogie Jerry-Lee Lewisien de Coup de foudre à l’envers, ou le rockab’ rêche de Je vis des hauts qui vire à l’épilepsie synthétique façon Suicide, se situent dans la même lignée. Mais avec Ecran total on découvre aussi un Mustang plus accidenté, hors de ses balises traditionnelles, comme sur la chanson-titre qui évoque plus volontiers les brumes de la New Wave que les éclairs du rock’n’roll. De même, à la légèreté apparente (mais sournoise) d’un titre comme Le sens des affaires succède une country song poignante (Mes oignons) que le groupe a voulu comme un hommage aux mélodrames populaires de Hank Williams. Pour Les filles qui dansent, ils avaient en tête une transposition novö des ballades déchirantes du Brill Building éclairée aux néons 80’s au lieu des abat-jour 60’s. Entièrement habité par la fougue du trio, le très joueur et funky Ce soir ou jamais clôture l’album façon feu d’artifice. (www.legroupemustang.com)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s